Rover au Moloco le 30 mars 2016


Un grand moment de musique en ce tout début de printemps à Audincourt.

Space moment en forme de première partie ou première partie en forme de space moment 


Photo : Dave Simpson
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Aldous Harding arrive sur scène toute simple et sobre, armée de sa seule guitare. Elle chante un premier morceau folk et tu te détends, c'est connu mais simple et efficace, une bonne guitariste, une bonne chanteuse, tout va bien aller.
Et puis il y a des petites choses, des riens qui surviennent, de ces incidents qu'aucun album ne saurait laisser deviner et laissent un peu sur le fil... j'aime ou pas ? Il y a d'abord les grimaces. La jeune femme est habitée, on devrait passer outre aussi, mais pas moyen ce soir-là, l'oeil blanc qui clignote, les lèvres en avant... plus d'une fois j'ai retenu mon rire et je n'ai pas été la seule. J'ai un peu honte. Pourquoi n'ai-je pas réussi à faire abstraction et à me consacrer à la musique ? Peut-être parce que le folk n'est pas mon péché mignon mais pas seulement. Les blagues un peu opaques de la chanteuse m'ont aussi empêchée de me laisser aller. Mais était-ce vraiment des blagues ? Second degré qui m'a échappé ? Toujours est-il que le contact avec le public disséminé dans l'attente de Rover est un peu étrange. Elle désarçonne, ça peut être intéressant si c'est plus radical. Là, je n'ai pas toujours compris où elle voulait en venir. Par exemple, quand elle révèle un tee-shirt ''Taylor Swift is amazing'', que les rires fusent et qu'elle affirme, son beau visage sans un sourire, que le message est sérieux, qu'elle la trouve vraiment formidable, on reste un peu... dubitatif.
Et puis il y a, entre deux gorgées de Red Bull, ces changements permanents de timbre de voix entre patate chaude et canard laqué, ces transpositions au capodastre avec toujours les mêmes accords... le tout n'est pas désagréable mais l'attitude m'a vraiment empêchée de me concentrer sur la prestation et la musique. Dommage pour moi, peut-être suis-je passée à côté de quelque chose, le public l'a applaudie chaleureusement, ne semblant pas partager, au final, mes réserves.



Chateaubriand on rock 


Photo : Philippe Poulenas
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Par contre, j'ai été tout de suite dedans avec l'arrivée de Rover et ses musiciens. La stature -artistique!- est imposante, son aura très particulière prend la scène d'entrée de jeu. Je ne sais pas pourquoi, surtout sur la pochette de son premier album, Rover, pour moi, c'est l'image que je me fais de Chateaubriand. Peut-être à cause de son physique un peu hors siècle, je ne sais pas... Ce soir-là, Chateaubriand s'était rockifié, à l'instar de son deuxième album, ''Let It Glow'' avec lequel on l'imaginerait assez facilement sur une des scènes de Woodstock. J'y entends en effet pas mal d'influences du rock des années 70 à la Pink Floyd. On relèvera bien entendu aussi les influences de Bowie, comment passer à côté ? Plus récent, Radiohead n'est pas loin non plus. Pourtant le tout ne sombre jamais dans le plagiat pur et simple. Non, les références sont digérées par un véritable artiste qui les réarrange et les augmente de sa patte propre.
La voix est ample et on ressent la joie qu'il a à la maîtriser parfaitement, à l'explorer plus loin qu'avec les premières chansons tout en se permettant d'être surpris par elle. Il écrit véritablement pour ce premier instrument qui est la plus sûre de ses signatures. Il a une texture de voix très riche, des graves caverneux mais ouverts et brillants, des aigus très purs. C'est l'apanage des hommes, d'avoir cette possibilité qui me laisse toujours un peu jalouse. Ce sont les seuls à pouvoir faire ça. Alors certes, Rover n'atteindra jamais mes aigus (si tu me lis, Timothée..!) mais les siens restent magnifiques et je n'aurai jamais accès à ses graves si vibrants. La voix de Rover est vraiment un vaisseau qui embarque dans un voyage introspectif mais pas autistique, qui emmène loin. Plus que pour le premier album où tout semblait plus contrôlé, là, il joue des imperfections-mêmes de sa voix pour en faire des atouts, pour y dégoter des trouvailles créatives et c'est très réussi. 





Photo : Philippe Poulenas
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Des groupies et des hommes 

Il ne faudrait pourtant pas oublier que c'est le guitariste du groupe et ma foi, un très bon guitariste aussi ! On n'est pas face à un chanteur qui s'accessoirise avec une guitare pour mieux séduire la midinette. A propos de midinettes, les groupies sont bien là qui suivent l'artiste de concert en concert, entretiennent avec lui un dialogue pendant le concert-même ! Il doit même interrompre gentiment la conversation avec une Bretonne perdue en Franche-Comté, lui rappelant dans un sourire qu'il a un concert à faire. Cette fan-base manifestement fidèle de trentenaires dévouées est d'autant plus surprenante que j'ai été très étonnée de constater que peu de gens autour de moi connaissaient Rover. Et si, je suis très bien entourée ! Non mais oh ! Auditrice de France Inter depuis le landau, je croyais que tout le monde connaissait Rover car il y est comme chez lui, un pilier de leur playlist. Eh bien non ! Même des gens très bien et musicalement un peu avertis n'avaient jamais entendu parler de lui avant de découvrir, tous séduits, ce que j'avais à leur faire écouter. Il reste donc un tas de Bretonnes et autres à convaincre et à embarquer en tournée et nul doute qu'étant donnée la proposition artistique, ce sera vite le cas. 



C'est de la bonne 


Photo : Philippe Poulenas
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Je comprends qu'on puisse suivre Rover sur plusieurs dates. En effet, il y a une place pour l'improvisation dans le concert et du coup, pour la liberté et le renouvellement. On peut donc facilement assister à plusieurs représentations sans tomber dans la répétition. J'ai vraiment adoré la qualité musicale des ces moments d'impro, d'habitude plutôt réservés au jazz par définition, au blues bien sûr, et trop rares en pop où les artistes se contentent souvent de la reproduction fidèle de leur album. Là, on a pu entendre des réinventions et c'était bon ! Il faut dire que tous sont manifestement de très bons musiciens et forment un véritable groupe. On n'a pas l'impression d'assister à la prestation d'un artiste solo. Rover est généreux, il partage la lumière et l'inspiration. Ainsi, à la fin, on se retrouve sur une impro qui peut évoquer la structure et le rythme mélancolique de Radiohead ou les nappes planantes de Pink Floyd, le tout accompagné par le gros son saturé de la guitare de Rover, et c'est formidable. J'ai juste regretté qu'ils ne soient pas allés encore plus loin. Avec une telle base musicale de qualité, je leur souhaite encore plus d'audace, d'oser bousculer un peu les habitudes du public qui, de toute façon, leur est tout acquis car, sans être le plus démonstratif que j'aie vu, il y a manifestement beaucoup d'amour venant de la salle. Mais pour un début de tournée c'est de toute façon d'ores et déjà très jubilatoire et prometteur.
Le seul bémol de la soirée m'est imputable avec ma sale manie d'affectionner tant le premier rang pour la grande proximité, voire l'intimité qu'il engendre avec l'artiste. Du coup, le son n'y est pas au top et là, j'ai eu un souci avec les choeurs, quasi inaudibles. Bien fait pour moi. Quoi qu'il en soit un très bon moment au Moloco, un instant de bonne musique inspirant qui m'a fait le plus grand bien. J'y retournerai volontiers !